2.28 À une femme (To a woman)

À vous ces vers, de par la grâce consolante
De vos grands yeux où rit et pleure un rêve doux,
De par votre âme pure et toute bonne, à vous
Ces vers du fond de ma détresse violente.

C’est qu’hélas! le hideux cauchemar qui me hante
N’a pas de trêve et va furieux, fou, jaloux,
Se multipliant comme un cortège de loups
Et se pendant après mon sort qu’il ensanglante!

Oh! je souffre, je souffre affreusement, si bien
Que le gémissement premier du premier homme
Chassé d’Éden n’est qu’une églogue auprès du mien!

Et les soucis que vous pouvez avoir sont comme
Des hirondelles sur un ciel d’après-midi,
– Chère, – par un beau jour de septembre attiédi.


To you these verses for the consoling grace
Of your big eyes where a sweet dream laughs and cries,
For your soul, so pure and good, to you
These verses from the depths of my violent distress!

It is, alas, the hideous nightmare that haunts me,
That has no peace and goes furious, mad, jealous,
Multiplying itself like a procession of wolves
And hankering after my fate, which it bloodies!

And I suffer, I suffer horribly, so much
That the first groan of the first man,
Cast out from Eden is but an eclogue compared with mine!

And the troubles that you may have are like
The swallows in an afternoon sky,
Dear, on a fine and warm day in September!

Recorded 4 April 2008