2.19 Les Chaînes (The chains)

J’ai voulu tout aimer et je suis malheureux,
Car j’ai de mes tourments multiplié les causes;
D’innombrable liens frêles et douloureux
Dans l’univers entier vont de mon âme aux choses.

Tout m’attire à la fois et d’un attrait pareil;
Le vrai par ses lueurs, l’inconnu par ses voiles’
Un trait d’or frémissant joint mon coeur au soleil
Et de longs fils soyeux l’unissent aux étoiles.

La cadence m’enchaîne à l’air mèlodieux,
La douceur du velours aux roses que je touche;
D’un sourire j’ai fait la chaîne de mes yeux,
Et j’ai fait d’un baiser la chaîne de ma bouche.

Ma vie est suspendue à ces fragiles noeuds,
Et je suis le captif des mille êtres que j’aime;
Au moindre èbranlement qu’un souffle cause en eux
Je sens un peu de moi s’arracher de moi-même.

Sully-Prudhomme

I wanted to love all and I am unhappy,
For I have multiplied the causes of my torments;
Innumberable frail and painful links
Go from my soul to the things within the entire universe.

Everything attracts me at the same time and with the same appeal;
The true by its light, the unknown by its veils;
A shimmering golden line joins my heart to the sun,
And long silken threads connect it to the stars.

The cadence chains me to the melodious air,
The softness of velvet to the roses that I touch;
With a smile I have made a chain from my eyes,
And with a kiss I have made a chain from my mouth.

My life is suspended by these fragile knots,
And I am the captive of the thousand beings whom I love;
At the slightest wavering that a breath causes in them
I feel a part of me tear itself away from my being.

Recorded 1 October 2008