1.46 Il m’est cher, Amour (It is dear to me, my love)

Il m’est cher, Amour, le bandeau
Qui me tient les paupières closes ;
Il pèse comme un doux fardeau
De soleil sur de faibles roses.

Si j’avance, l’étrange chose!
Je parais marcher sur les eaux;
Mes pieds trop lourds où je les pose,
S’enfoncent comme en des anneaux.

Qui donc a délié dans l’ombre
Le faix d’or de mes longs cheveux?
Toute ceinte d’étreintes sombres,
Je plonge en des vagues de feu.

Mes lèvres où mon âme chante,
Toute d’extase et de baiser,
S’ouvrent comme une fleur ardente
Au-dessus d’un fleuve embrasé.

Charles Van Lerberghe

It is dear to me, my love, the bandage
That keeps my eyelids closed;
It weighs like a soft burden
Of sunshine on delicate roses.

If I advance, the strange thing!
I seem to walk on water;
My feet too heavy where I put them,
Sink as though on rings.

Who, then, has untied in the shadows
The golden clasp of my long hair?
Quite encircled by sombre embraces,
I plunge into waves of fire.

My lips, where my soul sings,
Full of ecstasy and kisses,
Open like an ardent flower
Above a blazing river.